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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 20:12

Nous sommes le 10 mai 1976, au Binion’s Horshoe, à Las Vegas.
La finale du « main event » des WSOP oppose le flamboyant texan Doyle Brunson au Mexicain Jesse Alto.

« Texas Dolly », déjà considéré comme l’un des trois meilleurs joueurs de poker au monde, a ici l’occasion de recevoir son premier bracelet (et quel bracelet !). Jesse Alto, surnommé « le roi des greens » pour sa passion du golf, est quant à lui un adepte des plus grosses tables de cash-game de Las Vegas. Quoique n’ayant jamais remporté aucun titre, il réalise régulièrement d’excellentes performances aux WSOP. On le retrouvera notamment à cinq reprises supplémentaires en finale du main event.

Les tapis avant le coup :

Jesse Alto : 50 000
Doyle Brunson : 170 000

Jesse Alto, de petite blind au bouton, ouvre ses cartes et découvre AV ; une main très forte en tête à tête. Il part franchement favori dans ce coup et le sait pertinemment. De fait, face au 10-2 de Brunson, il est favori à 65,4% contre 34,6%. Très intelligemment, il choisit de ne pas relancer Brunson all in pour ne pas le faire fuir, mais effectue tout de même une relance minimale pour grossir le pot et ainsi s’assurer de grappiller un peu plus que la grosse blind. Brunson se doute que ses cartes, toutes assorties soient-elles, ne font pas le poids. Mais puisqu’il est largement chip leader, et qu’il le resterait même en perdant le coup, il tente sa chance et suit la petite relance du Mexicain. Jusque-là, un coup joué dans les règles de l’art d’un côté comme de l’autre.

Le flop s’annonce : A, V, 10. Alto ne pouvait rêver meilleur scénario : il floppe ses deux paires ! Probablement surexcité par ce flop qui fait grimper sa cote à près de 87%, Alto garde néanmoins son sang-froid et décide d’attirer Brunson dans son piège. Premier de parole, il « checke », faisant ainsi croire à son adversaire qu’il n’avait pas « rencontré » son flop. En somme, il effectue un slow-play. Il n’en faut pas plus à Brunson qui, « fort » de sa paire de 10, et fort de sa position de chip leader, lance immédiatement le célèbre : « I’m all in » et, dans la foulée, pousse ses jetons vers le centre du tapis. Son intention est clairement de faire basculer la pression sur Alto qui, parce qu’il a le plus petit stack, pourrait ne pas suivre cette mise avec une paire intermédiaire (la paire de valets par exemple), au risque de perdre le tournoi. Brunson espère ainsi lui faire jeter ses cartes. En l’occurrence, il s’agit d’un semi-bluff quasi académique. Le chip leader profite de sa position pour intimider son adversaire et voler les pots.

La ruse de Jesse Alto a donc fonctionné au-delà de ses espérances ! Un grand sourire aux lèvres, le Mexicain, pourtant connu pour maîtriser ses émotions, a du mal à réprimer une joie bien légitime. Il répond logiquement : « I call ». Les dés sont jetés.

Le turn est un 2, mais Alto ne scille pas. En effet, pourquoi s’inquiéter ? Il conserve une bonne longueur d’avance avec ses deux paires maximales, AA et VV, et caracole en tête avec 90,9% de chances de gagner le coup ! Mais l’incroyable se produit : la river est un 10…

Alto n’aurait pas pu mieux jouer cette main, mais le sort s’en est mêlé. Il perd le coup envers et contre toutes les probabilités, et Brunson est sacré champion du monde de poker. Le texan empochera la totalité du prize pool, soit 220 000 dollars. L’infortuné Alto repartira, lui, les poches vides.

En 1977, Brunson se retrouve encore en finale du main event. Le mano a mano l’oppose cette fois à Bones Berland. Et là, Dolly récidive… avec 10-2 ! Alors qu’après le flop, son adversaire est favori avec deux paires 8 et 5, Brunson termine encore avec un full aux 10 par les 2. Cet improbable doublé achèvera de faire entrer Doyle et son 10-2 dans la légende : cette main est même dès lors définitivement baptisée « the Brunson ». Il remporte alors son quatrième bracelet WSOP (le troisième de l’année) et devient le deuxième joueur, après Johnny Moss, à décrocher le titre suprême deux années consécutives (Moss avait été vainqueur en 1970 et 1971). Une performance égalée par la suite par deux autres immenses champions : Stu Ungar (en 1980 et 1981) et Johnny Chan (en 1987 et 1988).

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Published by Serial Dealer - dans Blog News
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